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Colchicine : la diarrhée est un signe de surdosage!

Par crpv1Dernière modification 17/07/2014 11:54

La colchicine est actuellement indiquée dans le traitement de l’accès aigu de pathologies microcristallines (goutte, chondrocalcinose, rhumatisme à hydroxyapatite), la maladie périodique et la maladie de Behçet [1]. Elle agit en poison du fuseau, c'est-à-dire en inhibant l’assemblage des microtubules lors de la mitose. C’est un médicament à marge thérapeutique étroite.

Utilisée en France depuis 1974, la colchicine est responsable de nombreux cas d’intoxications graves d’issue malheureusement souvent fatale, notamment dans des contextes de surdosages involontaires, chez des patients insuffisants rénaux ou lors d’interactions médicamenteuses [2-3].

La prise en charge de ces intoxications est délicate (absence d’antidote) et se résume à un traitement symptomatique.

Il est important de se souvenir que la colchicine est contre-indiquée en cas d’insuffisance rénale ou hépatique sévère. Aussi, l’instauration d’un traitement doit être systématiquement précédé d’un bilan pré thérapeutique comprenant une évaluation des fonctions rénales et hépatiques, la réalisation d’un hémogramme et une analyse des interactions médicamenteuses potentielles [1].

La colchicine est à la fois un substrat de la P-glycoprotéine (PgP) et métabolisée par le CYP 3A4 [3] et donne donc lieu à de nombreuses interactions.

En particulier, elle ne doit pas être utilisée de façon concomitante avec les inhibiteurs de CYP3A4 et/ou de la PgP : macrolides, pristinamycine, cyclosporine, antifongiques azolés (itraconazole, kétoconazole, posaconazole, voriconazole), vérapamil, fibrate, statine, télaprévir ou inhibiteurs de protéase (ritonavir ou autre inhibiteur « boosté » par le ritonavir).

Le premier signe fonctionnel d’une intoxication est la diarrhée [4].

Il s’agit d’un effet indésirable dose dépendant qui doit conduire à un arrêt du traitement. Les raisons ayant conduit au surdosage (insuffisance rénale ou hépatique, interaction médicamenteuse,…) nécessitent d’être identifiées et le rapport bénéfice/risque du traitement pour le patient devra être soigneusement réévalué pour envisager une utilisation ultérieure.

Concernant la posologie des traitements de l’accès aigu de goutte, les schémas thérapeutiques « 3-2-1 » (1 mg 3 fois par jour le 1er jour, 1 mg 2 fois par jour le 2ème jour et 1 mg le 3ème jour) ou « 3-2-2-1 » fréquemment utilisés en France sont basés sur les posologies maximales.

Ces schémas diffèrent des recommandations la société européenne de rhumatologie (EULAR), émises en 2006 et réactualisées en 2011 [5]. L'EULAR préconise :

  • L’utilisation de faibles posologies (0,5 mg, 3 fois par jour) – à noter que le dosage à 0,5 mg n’est actuellement pas disponible en France,
  • De ne pas dépasser une dose de 2 mg par jour,
  • En cas de besoin, une durée de traitement d’un maximum de 10 jours.

En France, la colchicine est traditionnellement prescrite dans l'accès de goutte en première intention, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays. En cas de contre-indication, d'inefficacité ou d'intolérance digestive, elle peut être remplacée par un AINS (mais attention en cas d’insuffisance rénale !), ou éventuellement par un corticoïde (prednisone à la dose initiale de 30 mg par jour).

L’EULAR recommande actuellement les AINS ou la colchicine comme traitement de 1ère intention.

Références

[1] Roubille F, Kritikou E, Busseuil D et al. Colchicine: An Old Wine in a New Bottle? Anti-inflammatory and Anti-Allergy Agents in Medicinal Chemistry. 2013;12:14-23.

[2] Izquierdo Pajuelo MJ, Jimenez Delgado JD, Rangel Mayoral JF and al. Fatal interaction between colchicine and clarythromycin. Farmacia Hospitalaria. 2010;34:309-10.

[3] Hung IFN, Wu AKL, Cheng VCC and al. Fatal interaction between Clarithrmycin and Colchicine in Patients with Renal Insufficiency: A retrospective study. Clin Infect Dis. 2005;4:291-300.

[4] Finkelstein Y, Aks SE, Hutson JR. Colchicine poisoning: the dark side of an ancient drug. Clinical Toxicology. 2010;48:407-14.

[5] Zhang W, Doherty M, Bardin T. EULAR evidence based recommendations for gout. Part II: Management. Report of a task force of the EULAR Standing Committee For International Clinical Studies Including Therapeutics (ESCISIT). Ann Rheum Dis 2006;65:1312-24.


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